L’heure des bilans

Bilan du Carême : une taille de pantalon de perdue, ce qui vaut, pour ma bonne humeur, tous les bienfaits spirituels.

Autre bienfait de Pâques : une semaine de vacances. C’est bien les coins où plus il y a de religion, plus on se met en congés.

La rentrée aura lieu dimanche prochain, mais pas pour moi qui vais à Erbil. Bilan de mes cogitations politiques : je vote Melenchon et comme il n’y a qu’en religion que j’aime « camper hors les murs » comme dit Erri de Luca, j’ai cliqué sur son site et paf, le soutien s’affiche sur Facebook, Twitter, etc.  Avant cela, je me suis envoyée toute la semaine des heures et des heures d’émissions plus 2 meetings. Tout m’a passionné, moi qui suis nulle en politique européenne, j’ai appris plein de choses et souvent je me suis bien poilée. Il est certain que je n’aurais jamais pu écouter tant de temps sans ennui les autres candidats. En plus, ils ont fait un sacré travail de fond, autant que sur la forme, pour cette campagne. Ça change du bricolage flou.

À dire vrai, le déclic qui a tout enclenché fut plus bref. C’est au moment du second grand débat de tous les candidats, quand Poutou a balancé ses vérités inconvenantes à Fillon et Le Pen et ses propos moqueurs sur les patrons et le SMIC. Tout le monde avait l’air de regarder ailleurs (même si pas mal devaient se réjouir en-dedans) mais le seul qui a applaudi, c’est Melenchon. Ce n’est pas tant le fait qu’il applaudisse, d’ailleurs, mais le regard qu’il avait sur Philippe Poutou à ce moment-là : pétillant, tendre et attendri. « Tiens, un être humain ! » me suis-je étonnée. On en voit peu sur les plateaux télé. Ça valait le coup d’aller voir le programme qui, du point de vue de la finance et du social, me va bien et même ça fera tellement plaisir de voir les truands en costard-cravate blêmir et rendre gorge.

Et aussi de voir le rictus de tous les salopards du PS qui ont lâchement ou par arrivisme, trahi Hamon, bien qu’ils aient signé l’engagement demandé aux primaires.

Sinon, la politique étrangère… D’abord le coup de l’ALBA me fait marrer. Ce n’est pas comme si la France n’avait jamais signé aucun contrat ni partenariat avec la Chine, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar… Sinon, sur la Syrie, je ne reviens pas sur ce que je pense depuis 2012, au moment où il était encore temps d’intervenir, alors que l’Internationale djihadiste ne menait pas encore toute la danse devant Bachar : il fallait bouger au premier gazage, maintenant, c’est trop tard, et je ne sais trop ce qui émergera de cette désintégration générale. Par ailleurs, que la France soit pour ou contre un tel ou untel, ne changera rien, elle n’a plus aucune puissance ni pouvoir d’influence quelconque sur ce terrain-là.

Quant à l’OTAN, du temps d’Obama, ça allait encore, mais avec l’autre taré qui roule des mécaniques devant la Corée du Nord, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée, de fait, d’en retirer ses billes.

Quant à l’Europe de la défense, je suis pour si c’est la France qui a la voix prépondérante, vu que c’est son armée qui a la bombinette. Jusqu’à ce que tout le monde désarme.

Bon j’arrête là, coupure de courant. Pourquoi là, alors qu’il ne fait ni froid ni chaud, et donc que les clim’ ne marchent pas à fond, ni orage, mystère…

 

L’abstentionnisme… kurde

Mes collègues d’ici sont assez sidérés d’apprendre que je vais faire trois fois de suite l’aller-retour Duhok-Erbil pour voter. Eux ne se déplacent plus guère pour leurs propres élections, disent-ils, tant tout est joué et emballé et tant la défaveur de leurs politiciens  corrompus, indifférents aux difficultés économiques est grande. Je leur dis qu’en France il y a aussi beaucoup d’abstention pour les mêmes raisons, mais que s’abstenir n’est jamais très malin, en Europe comme au Kurdistan.

– En fait, dis-je, ne pas voter c’est faire gagner les islamistes à vos élections. Car vous pouvez être sûrs qu’eux vont y aller, aux urnes, et en masse !

L’argument semble un peu porter, mais évidemment, quand on voit à Duhok les scores du PDK, qui concourt toujours dans un fauteuil, on a un peu la flemme de se bouger.

Un vote que les Kurdes n’ont pas intérêt à bouder est celui du référendum sur l’indépendance. L’UPK et le PDK ramaient pour trouver un accord afin de le lancer en 2017, ils viennent d’y parvenir, apparemment. Gorran vient de se prononcer contre sa tenue. Sa demande de réouverture du Parlement, fermé depuis que le gouvernement PDK-UPK en a sacqué le président (Gorran) a tout de même quelque légitimité pour la tenue du référendum.

Nonosbtant les bisbilles des politiques, par mécontentement envers la politique sociale de leurs dirigeants, les Kurdes du sud sont capables de boycotter le seul scrutin où ils devraient aller même en rampant sur le ventre, même en culs-de-jatte. Il est dur de leur faire entrer dans le crâne qu’il ne s’agirait pas de voter pour ou contre Barzani mais pour la nationalité de leur passeport, ainsi que celle de leurs enfants et petits-enfants, voire arrières-petits-enfants. J’ai souvent dit que si on offrait aux Kurdes l’indépendance sous 24 heures, à condition de signer un bout de papier qu’on leur présenterait de suite, il y aurait un risque que dans leur délégation, un tiers se retire parce que la couleur du stylo ne leur plairait pas…

– En gros, parce que vous êtes mécontents d’un gouvernement corrompu, vous choisiriez d’en garder deux pour le prix d’un, le kurde et l’irakien ?

Espérons en un sursaut d’intelligence mais si le référendum se tient, le Gouvernement et les partis qui y sont favorables ont intérêt à faire une campagne sacrément pédagogique en expliquant 1/ pourquoi la vie quotidienne serait plus facile sans se taper en plus les problèmes des Arabes et leur guerre de religion, les Kurdes ayant déjà assez à faire avec leurs propres querelles ; 2/ pourquoi le oui et le non ne seraient pas un oui/non à la caste politique kurde mais aux couleurs nationales de leur propre avenir ; 3/ qu’il ne s’agirait pas non plus d’un oui/non à la Turquie ou à l’Iran mais qu’en disant non, ils diraient, en fait, oui à Abadi et encore plus à Nouri Maliki.

Programme de J-L. Mélenchon pour les Kurdes

Oui, en fait pour la Syrie, mais notons ce qu’il dit des Kurdes. Comme je le disais dans un autre post, le PKK-PYD n’a pas de souci à se faire, avec une insistance sur sa présence à Genève. « La garantie de l’intégrité de l’État syrien et de ses frontières » ne va pas gêner le PYD qui a même supprimé le terme « Rojava » de son projet (ce qui n’est pas une critique, pour une fois, car pour ma part, je trouve le fédéralisme réaliste et l’idée d’un Kurdistan syrien indépendant infaisable, du part qu’il n’y a pas de Kurdistan de Syrie, mais trois îlots kurdes isolés).

Pour ce qui est des Kurdes d’Irak, on n’en dit pas grand chose, sauf pour empaqueter en un lot commun « les combattants kurdes de Syrie et d’Irak » comme si c’étaient les mêmes, avec le même objectif. Or, les Kurdes d’Irak se battent tout autant que les YPG contre Daesh, mais en plus d’être pour moitié (PDK) à couteaux tirés avec le PKK, leur objectif à eux n’est pas de garantir l’intégrité de l’État irakien et de ses frontières mais bel et bien l’indépendance. Cela dit, l’Irak n’entre pas dans les priorités françaises (à tort, vu sa popularité locale, d’autant que le Kurdistan d’Irak adopte lui aussi la ligne politique médiane du bien s’entendre avec tous, avec les USA comme la Russie, comme il le fait aussi entre la Turquie et l’Iran, contrairement à ce que disent les adversaires du PDK). Seulement comme Massoud Barzani, très légaliste sur cette question, entend faire passer toutes les phases et étapes du processus via l’ONU, ce qu’il attend des puissances de la Coalition, ce n’est pas d’être « pour » l’indépendance, mais de ne pas se prononcer « contre ». Un peu comme le droit à l’avortement et le suicide assistés qui seraient inscrits dans la nouvelle constitution française : on n’est pas pour ou contre, mais on est contre son interdiction.

« La Syrie est ravagée par cinq ans de guerre. La guerre civile a laissé place à une guerre de mercenaires où les puissances régionales et internationales s’affrontent par groupes interposés. Cela suffit. La France doit changer de stratégie et œuvrer enfin pour l’éradication de Daech, le retour à la paix, la transition politique et la reconstruction de la Syrie.

Nous proposons de réaliser les mesures suivantes :
● Réviser les alliances hypocrites avec les pétro-monarchies du Golfe (Qatar, Arabie saoudite…) et le régime turc actuel, tarir les financements des terroristes
● Mettre en place une coalition universelle sous mandat de l’Onu pour éradiquer Daech et rétablir la paix et la stabilité en Syrie et en Irak, associant les combattants kurdes
● Construire une solution politique en Syrie pour une paix durable, sous l’égide de l’Onu et reposant sur :
▶ Un cessez-le-feu durable excluant les groupes islamistes
▶ Le soutien au processus de Genève en y intégrant les Kurdes de Syrie
▶ L’organisation d’élections libres et pluralistes, sans ingérence étrangère, sous surveillance de l’Onu pour que le peuple syrien décide souverainement et démocratiquement de ses dirigeants
▶ La garantie de l’intégrité de l’État syrien et de ses frontières
●« Organiser à Paris une conférence internationale pour la reconstruction de la Syrie et le retour des réfugiés. »

Extrait de: Jean-Luc Mélenchon. « L’avenir en commun. Le programme de la France insoumise et son candidat Jean-Luc Mélenchon. » iBooks.

Paris

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Cadeau d’une élève de 7. Il peut sembler drôle de se faire offrir un « souvenir de Paris » quand on est français mais ici, les Kurdes vénèrent tant Paris, qu’ils ne peuvent concevoir qu’on puisse ne pas s’en languir quand on est à Duhok.

Il faudra d’ailleurs que je m’enquiers un jour de la raison pour laquelle TOUTES les boutiques de change, je n’ai vu aucune exception jusque-là, ont une réplique de la tour Eiffel dans leurs bureaux, la taille allant de 20 cm à 1 mètre. Paris n’est pourtant pas la capitale du Dow Jones.

The dominion of other women

She had always let herself be dominated by her elder sister. Now, tough somewhere inside herself she was weeping, she was free of the dominion of other women. Ah! That in itself was a relief, like being given another life: to be free of the strange dominion and obsession of other women. How awful they were, women! D.H. Lawrence, Lady Chatterley’s Lover.

Après le pigeon, le coq

Au début du printemps, le pigeon a fini par s’envoler, d’un coup, sans essai préalable, d’abord sur le toit, puis vers les bâtiments de l’école, et je ne l’ai jamais revu. Comme s’il s’était rappelé, soudain, à quoi servaient ses ailes.

Ce matin, visite d’un beau coq local, au cou nu, coloré de vert et d’orange. Je ne sais d’où il sort, mais celui-là, la chatte ne cherche pas trop à le choper. Il a apprécié mon pain de mie maison et puis est reparti.

Lady Chatterley’s Lover

 

Plus on approche du scrutin, moins je sais pour qui je vais voter. La semaine dernière, je me disais « et merde pour Macron, je vote Hamon ! » Maintenant que ce dernier en est à moins de 9%, je me dis qu’il devient ridicule de faire l’aller-retour Duhok-Erbil-Duhok (320 km en taxi collectif) pour donner ma voix à un type qui ne va pas passer les 10%. Autant voter Poutou, alors, pour le remercier d’avoir balancé leurs merdes aux faces verdâtres et en rictus de Fillon et Le Pen. Et voilà que Mélenchon rattrape Fillon. Du coup, qui préféré-je avoir au second tour, face à Le Pen, si cela continue comme ça ? Macron ou Mélenchon ? De façon épidermique, tripesque et humaine, le second, bien que je sois en désaccord sur presque toute sa politique étrangère. D’un côté, que le président français soit pour ou contre l’indépendance du Tibet n’a aucune espèce d’importance car la Chine s’en tape ; en ce qui concerne la Syrie, ce pays est tellement foutu, désagrégé, détruit, que quelles que soient les décisions prises maintenant et avec qui, tout est trop tard. Restent l’Europe et la question kurde d’Irak (je ne me fais pas trop de souci pour son soutien au PKK).

Dernière semaine de Carême en vue. Ça commence à bien faire, les glucides et le poisson.  Mais le Carême ne vaut justement que par ce bonheur de retrouver les aliments dont on était privé depuis 48 jours. Le ravissement du « maintenant, tout est permis ».

D’autant qu’avec le beau temps qui arrive, ce sera bientôt la saison des soirées sur terrasse à siroter un arak.

Cette merveille qu’est Lady Chatterley’s Lover, dont je m’étais fait une idée ennuyeuse et que je découvre si tard, donc, mais c’est bien de tomber encore sur un trésor, de me dire « jusqu’à la fin de mes jours, il y aura encore à découvrir de tels livres ». Umberto Eco disait que ne pas lire de romans, c’était ne vivre qu’une vie, en lire, c’était avoir mille vies (bon, il y a aussi le cinéma, mais non, ça me fait pas le même effet). C’est peut-être la cause de ma capacité indifférente à vivre en un lieu ou un autre : je suis au Kurdistan mais aussi en Angleterre, et moi-même mais aussi Connie, et avant cela, j’étais à Naples passeur-sculpteur. Pas étonnant que dans mes rêves, j’emprunte tous les sexes, âges, époques, dans la lecture, c’est pareil. J’ai le sentiment de n’avoir aucune personnalité en propre, d’être incolore et transparente. Je suis à la fois personne et tous les livres que je lis, plus ceux que j’écris. Une nappe d’eau lisse qu’hormis l’amour, seule la littérature agite.

 

 

Le panier du bazar : les karî

Une collègue m’a dit merveille d’une plante comestible (mais à part la ciguë, quelle herbe n’est pas comestible pour eux ?) qu’ils appellent « karî ». Sur mon dico, ça pourrait être au choix de la poirée ou de l’arroche. Une matrone au bazar me dit qu’il faut les couper, et que ça se cuisine avec du sumac. Elle a insisté sur le sumac. Je suppose que la cuisson c’est un peu le genre épinards. J’ai croqué une tige crue, ça pique comme une ortie en bouche. Je suppose et espère que ça s’adoucit à la cuisson.

Sinon les fraises sont de plus en plus rouges et sentent de plus en plus bon.  Quant aux petits concombres, ça se croque comme ça, à la Bugs Bunny.

Mise à jour : je retire ce que j’ai dit, oui, ils sont capables de bouffer de la ciguë. En fait, les karî, ce sont des sortes d’arum. plantes piquantes, brûlantes et toxiques, qu’il faut faire cuire très longtemps, avant de les manger… ce que naturellement, ma collègue a oublié de me dire, depuis le temps qu’elle m’en parle. Par moment, il y a des gens pas finis… Bref, me disant que ça ressemblait à des bettes, j’ai fait cuire des feuilles dans l’eau au four (mes plaques ont rendu l’âme) environ 50 minutes, puis de nouveau 30-40 mn avec des spaghetti, en one pot pasta. Bon, ça piquait encore du feu de Dieu, mais j’avalais, stoïque. Finalement, on m’apprend sur Facebook que c’est des arums, qu’il faut les cuire longtemps sinon, poison. En plus, selon wiki, c’est les racines qui se mangent. Donc j’ai la bouche en feu pour rien et je vais peut-être ne pas voir passer les Rameaux, adios.

 

Arum : La mastication de feuilles ou de fruits entraîne une sensation immédiate de brûlure bucco-pharyngée accompagnée d’hypersalivation et d’œdème local, voire d’un piqueté hémorragique. L’œdème, s’il est important, peut gêner la déglutition et la ventilation. En cas d’ingestion il apparaît des douleurs digestives, des vomissements et de la diarrhée.

L’ingestion massive – exceptionnelle du fait de la douleur provoquée par l’irritation locale – peut se compliquer d’un syndrome hémorragique digestif et de troubles systémiques (paresthésies, somnolence, convulsions, mydriase, troubles du rythme cardiaque). Cet état peut évoluer vers le coma et le décès.

On peut néanmoins en manger le rhizome après une longue cuisson qui élimine ces toxiques.

« Ura, réveille-toi. »

 

 

«  Ura, réveille-toi. » Ce n’est pas à moi qu’il le dit.
« C’est l’invitation adressée à la divinité dans le psaume 44. C’est sur la statue ? »
Je demande ce qu’elle fait là, au sommet de la croix.
« Par ce verbe, le sculpteur demande au crucifié de se réveiller. C’est une invitation à la résurrection, qui est la nouveauté du christianisme, son commandement ajouté. »
D’après lui, Ura a donné ensuite le cri de joie « Hourra ! ». Gravé sur la croix, le bois devient une écriture.
« Le corps du crucifié sert de pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Pour ma part, je considère les quatre Évangiles comme des livres de l’Ancien. Le Nouveau commence avec la mort du crucifié, avec les Actes des Apôtres.  »

Extrait de: Erri de Luca. « La nature exposée. » iBooks.

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