Voter à Erbil

Le dimanche 23 avril, jour de la rentrée après les vacances de Pâques, c’était aussi jour d’élection. Donc départ en taxi collectif à 10 h 30. Alors que la veille, il faisait soleil, ce jour-là avait de ces temps que je déteste, gris, chaud, moite. La peau m’a collée au corps  toute la journée.

Sur la route, un peu avant Erbil, il y a un pont en construction et en bas, la terre est complètement inondée à cause des pluies, ce qui fait comme un étang artificiel. Je ne sais s’ils ont fait un pont parce que la route s’est effondrée ou si les travaux ont imposé une déviation qui a été inondée, mais le résultat est qu’il faut tourner autour de l’eau sur un chemin de terre à une allure  de tortue, et ensuite, prendre quelques petites routes saute-mouton.

Malgré cela, toujours une heure et demie à l’aller et à midi, le taxi me dépose là où commence la rue Salahaddin, en m’indiquant la direction du Consulat dont, en amont et en aval, la route est barrée par des blocs de ciment et une troupe de Peshmergas. L’un d’eux me hèle et vient à ma rencontre. Je lui dis que je viens voter et, drôlement, du fait que je lui dise ça en kurde, probablement, il me demande si je suis française. Bah oui, lol, sans ça, je ne vois pas l’utilité de me rendre aux urnes ! Ouverture du sac, coup d’œil (dont une splendide vue sur mon sachet de serviettes hygiéniques, mais bon, ça fait partie des épreuves du métier de soldat) et je peux entrer dans les ultimes barricades, où je vais chercher le soldat dans sa guérite (je commence à connaitre les lieux) et rebelote, disant que je vais voter, il me demande si je suis française (naaaan, chinoise).

Le bureau de vote est indiqué par une affichette en papier de circonstance et aucune queue de Francais en vue. On n’est ni à Montréal ni à Londres. Les contrôles habituels, présentation du passeport, scan du sac, et me voilà à passer la salle d’attente et à déboucher direct dans le premier bureau, transformé en bureau de vote, avec quatre Français qui attendent l’électeur, depuis 8 heures jusqu’à 19 heures. Hormis eux, pas un chat au passeport RF, ça va aller vite. Je prends un bulletin Mélenchon et un Hamon pour la forme, passe dans l’isoloir, ressors, vais déposer le bulletin, fais remarquer qu’au moins, il n’y a pas foule, ici, et voilà, a voté, bonne journée, je repars.

J’ai faim. Et envie de pisser. Et comme BIEN SÛR, j’ai mes règles, il va falloir me poser un peu avant de repartir, bien que la grisaille poussiéreuse et collante de la ville me donne la flemme de monter jusqu’à la Citadelle.

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Pas un bon jour pour flâner dans Erbil ni pour prendre des photos un tant soit peu attrayantes. Je tourne un peu autour du bazar, et finis par atterrir dans le même restaurant, où j’atterris toujours involontairement depuis 2011, quand je tourne comme ça en cherchant un rade. Par prudence, j’évite le kebab et choisis le poulet (depuis 2 ans, je fais un régime aux gallinacés). Le tout pour 13 000 dinars.

Naturellement, pas de chiottes, mais j’en trouverais bien au garaj Duhok. Garaj dont je demande la location en payant à la caisse du restaurant, demandant si c’est loin. Non, pas loin, mais il faut y aller en taxi, pour 3000 dinars, précise le patron. En fait le taxi, un jeune, m’en demandera 4000, mais je ne vais pas chipoter, la plupart des taxis sont des gens qui ne roulent pas sur l’or et font ça en second métier. Vu son âge, ça peut être un Peshmerga, en plus (les Peshmergas ramant, comme les autres fonctionnaires, pour recevoir leur solde, font souvent le taxi durant leur permission, pour faire bouillir la marmite familiale).

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Il m’amène, comme j’espérais, à l’agence dont je me souvenais vaguement, appelée Kurdistan et dont  le drapeau va bien avec le nom. Là, je peux enfin faire une vidange et me changer dans des WC absolument immondes et sans eau au lavabo, mais l’habitude fait que je ne pars jamais sans gel alcoolisé, mouchoirs, etc., et puis le sac à dos permet de le garder sur le dos, justement. Pas de poubelles, par contre, super pour se délester de sa serviette usagée  et de son tampon. Heureusement, comme j’ai pris un petit sac de serviettes, je les sors, prends l’emballage, fais un paquet, que je dépose dans un coin où attend de même un autre paquet qui, vu le dessin autour, semble être une couche d’enfant (vu l’état des lieux, je me demande bien sur quoi le marmot a pu être changé).

Retour sans embouteillage de camions après 3/4 d’heures d’attente dans la salle. Partant avant 4 heures, on évite les camions qui obligent à zizgzaguer à une allure mortellement lente.

Petite halte-buvette où je m’octroie un coca (parce que je mérite ça, après une journée pareille). Arrivée à Duhok à 17 heures. Si l’on compte que je suis éveillée depuis 5 heures, ça fait une bonne journée, et déjà, je sais que je ne le referais que si Mélenchon passe. Hors de question de me retaper ça pour Macron, d’autant que si j’envisage de devoir voter une ou deux fois aux législatives, 4 x 15 000 dinars, ce n’est finalement pas donné. 60 000 dinars, c’est 10 000 dinars de plus que mon abonnement mensuel à Internet.

Mais c’est surtout que je n’ai pas envie, plus que cela, je ne peux pas voter Macron. Question de tripes. Je trouve même que sa candidature est encore plus insultante pour la République que celle de Le Pen. Parce que Le Pen, au moins, c’est franc, c’est l’extrême-droite, c’est un programme politique pourri, mais c’est un programme politique. Macron, c’est une imposture publicitaire, c’est une affiche de banque avec une caricature de conseiller bancaire aux yeux vides, « votre argent m’intéresse ».

Jamais plus je ne voterai PS, ces empaffés qui ont trahi leur propre candidat et ont le front de donner des leçons à celui qui a fait la plus belle campagne, la plus captivante, la plus cultivée, et la plus insolente, aussi.

Comme j’ai eu la bonne idée de m’inscrire sur la plate-forme jlm2017 avant le 23 avril, j’ai pu donner mon opinion sur les consignes de vote. Non que je tienne particulièrement à ce qu’elle soit suivie, je parle pour ma pomme : 320 km de route, dont une partie tape-cul, c’est trop pour un bulletin blanc ou un gommeux encore plus tête-à-claques que Sarkozy (qui au moins avait un côté comique), donc, je m’abstiens. Rendez-vous aux législatives.

Si j’ai envie que Le Pen passe ? Non. Mais je n’ai pas envie que Macron fasse un score à la Chirac, parce qu’il est assez outrecuidant ou stupide pour prendre son pourcentage comme un plébiscite de son brillant « projjjêêêt ». J’ai envie qu’il ne fasse pas un score si écrasant que ça, car ce ne sera pas un plébiscite du FN, ce sera un désaveux d’EM comme du PS, ces minables.

Une amie avec qui je débattais de ça, et qui n’est pas d’accord pour l’abstention, me disait qu’elle regardait les programmes et pas les personnalités. Mais moi, c’est l’inverse. Ça ne m’a pas du tout gênée de voter Chirac en 2002 (j’avais voté Taubira au premier tour), parce que l’homme m’était sympathique (les socialistes d’alors n’avaient pas de leçons à donner sur les « affaires » et la Françafrique). J’aurais voté Juppé sans problème contre Le Pen, parce qu’il s’agit d’un homme politique avec quelque chose comme une conscience républicaine (d’où la campagne « Ali Juppé » du FN). Mais Fillon et Macron, pour des raisons différentes, minent, par leur candidature même, toute crédibilité, toute dignité à ces présidentielles.

Et puis la personnalité est plus importante que le programme, parce que, lors d’un mandat, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Hollande n’avait pas été élu pour diriger un pays en guerre et touché par plus de 300 victimes du terrorisme. Ça a donné l’état d’urgence, pas si brillant comme résultat (il n’avait pas non plus été élu pour faire de l’économie pré-macronienne et c’est ce qu’il a fait, finalement). Il n’a pas non plus été élu pour secouer les puces de l’UE en aout 2014 et pour être le premier chef d’État à rendre visite au Kurdistan, la seule chose que je garde à son crédit (avec sa promesse tenue du mariage pour tous, dont je me fous, mais au moins, il aura fait enrager les grenouilles de bénitier).

Le programme, c’est une vague orientation de départ, même pas, une déclaration d’intentions, avec beaucoup de si en cours de route. Hormis les grandes orientations, c’est la personne qui fait tout, surtout dans un régime quasi-monarchique.

Je ne croyais pas que la FI passerait au second tour, mais j’aurais bien aimé qu’elle batte Fillon, au moins.

On verra pour les législatives. Ici, le député c’est celui de la 10ème circonscription : Afrique du Sud, Angola, Arabie saoudite, Bahreïn, Bénin, Botswana, Burundi, Cameroun, Comores, Congo, Djibouti, Egypte, Emirats arabes unis, Erythrée, Ethiopie, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Irak, Jordanie, Kenya, Koweït, Lesotho, Liban, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Nigéria, Oman, Ouganda, Qatar, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Seychelles, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Swaziland, Syrie, Tanzanie, Tchad, Togo, Yémen, Zambie, Zimbabwe.

Découpage qui me laisse perplexe, car l’Iran, lui, est dans la 11ème circonscription, avec l’Asie centrale et l »Extrême-Orient, et la Turquie dans la 8ème (avec le Saint-Siège, au moins la réunion de Constantinople et de Rome a eu lieu de ce côté-là).

Enfin bon, j’espère qu’il y aura un candidat FI ou, à tout le moins, un Vert (mais là, ça dépend quel genre de Verts), sans ça, c’est reparti pour ne pas bouger de Duhok.

Quant au vote des Français d’Irak, il est conforme à celui des autres Francais de l’étranger : Macron, Fillon, Mélenchon (13 voix à Erbil, 2 à Bagdad) dans l’ordre. Le score de Fillon renforce l’image de l’expat’ bourré de fric et celui, très bas, du FN, laisse supposer qu’étant soi-même migrant, on serait un peu gonflé d’opter pour le mot d’ordre « étrangers, dehors ! »

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Notons que 12% des expats n’ont pas craint, en votant Mélenchon, son impôt universel. Ce qui doit vouloir dire que 12% des expats ne roulent pas sur l’or ou gagnent, à tout le moins, un revenu inférieur à 4000 euros. Ou ils ont une plus grosse conscience civique que les autres, en votant pour payer plus d’impôts.

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